Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 18:19

Parmi les scènes cocasses du film « Les nouveaux chiens de garde », sorti récemment, on peut voir, lors d’une de ces réunions mondaines où se côtoient en toute complicité représentants politiques et vedettes des médias, Charles Pasqua et Arlette Chabot, alors responsable du service politique d’une chaîne de télévision publique, se faire la bise, en toute amitié.
Souvenir…
Le 7 novembre 1997, le sympathique Emmanuel Laurentin, alors animateur de l’émission « L’Histoire en direct », sur France Culture, organisait un débat, au studio Charles-Trenet de la Maison de Radio France, sur le thème « Les radios libres : 1977-1983 ». Les invités en étaient Pierre Bellanger, fondateur de La Voix du Lézard, devenu président de Skyrock ; Georges Fillioud, ex-ministre de la Communication durant l’ère Mitterrand ; Antoine Lefébure, véritable pionnier du radio-librisme et fondateur de Radio-Verte ; Annick Cojean, journaliste, qui avait couvert, pour le quotidien Le Monde, toute cette période de la naissance des radios dites libres et des événements liés aux conditions d’attribution de fréquences pour certaines d’entre elles ; enfin, je représentais, au côté de tous ces personnages, Radio-Libertaire.
Arrivé le premier à la Maison de Radio France pour participer à ce débat, je fus invité à pénétrer dans une petite salle d’attente. Quelques minutes plus tard, je vis arriver l’ancien ministre mitterrandien Georges Fillioud. Puis survint la journaliste Annick Cojean. L’ex-ministre se leva alors d’un bond, bras ouverts,  grand sourire, en s’exclamant « Annick ! ». De son côté, la journaliste forcément indépendante puisque œuvrant pour le « journal de référence », y alla d’un jovial et retentissant « Georges ! ». Tous deux tombèrent alors dans les bras l’un de l’autre, avec force bises, compliments et réel plaisir de se retrouver.
Assis dans cette petite pièce à deux pas de ces personnes enlacées et se pommadant mutuellement, je mesurais alors on ne peut mieux, en les observant, la distance séparant le monde politique de celui du journalisme haut de gamme…

Par Floréal - Publié dans : Les billets de Floréal
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Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 15:12

Vendredi 13 janvier au soir, à une heure de grande écoute, était retransmise sur une chaîne de télévision du service public l’édition 2012 de ce qu’ « ils » appellent « La fête de la chanson française ». Au programme, bien sûr, tous ces artistes qu’il est permis de voir et d’entendre en permanence, tout au long des années qui passent, sur le petit écran et sur les ondes radio. Toujours les mêmes.
Car la « chanson française », c’est devenu ça : le show-biz, les paillettes, on tape dans ses mains, les bons sentiments qui dégoulinent jusque sur la zapette, on s’aime tous, on s’embrasse, le dernier jeune talent qui promet beaucoup, la preuve il chante avec un chapeau sur la tête, on reprend en chœur l’immortel succès d’un grand ancien disparu, « qui nous manque tant », précisera une présentatrice un peu « bas de plafond ». La grand-messe peut commencer. Et pour la bénédiction, on fera même venir une grande vedette vieillie qui aime tout le monde, un Aznavour ou cette pauvre Juliette Gréco, caricature d’elle-même.
Vendredi 13 janvier, pour cette prétendue fête annuelle de la chanson française, comme lors des années précédentes et celles à venir, n’ont pas été conviés Véronique Pestel, Béa Tristan, Gérard Pierron, Anne Sylvestre, Rémo Gary, François Gaillard, Melaine Favennec, Philippe Forcioli, Sarcloret, Gilbert Laffaille, Yvan Dautin, Jean-Michel Piton, Michèle Bernard,  Francesca Solleville, Thomas Pitiot, Gérard Morel, Michel Bühler, Jacques Bertin, Alain Sourigues, Xavier Lacouture, Pierre Delorme, Hélène Maurice, Vincent Absil, Hélène Martin, Louis Capart, Hervé Akrich, Wladimir Anselme, Laurent Berger, Michel Arbatz, Clément Bertrand, Nicolas Bacchus, Môrice Benin, Michel Boutet, Céline Caussimon, Anne Peko, Anna Prucnal, Annick Cisaruk, Christian Camerlynck, Henri Courseaux, Christiane Courvoisier, Claire Elzière, Natacha Ezdra, Entre 2 Caisses, Eric Toulis, Bruno Daraquy, Jean Duino, Agnès Debord, Dominique Grange, Joël Favreau, Jean-Luc Debattice, Marc Havet, Michel Hermon, Bernard Joyet, Jehan, Jofroi, Jean Guidoni, Marcel Kanche, Alice Dézailes, France Léa, Romain Lemire, Nicolas Reggiani, Elizabeth, Jean-Pierre Réginal, Gilles Roucaute, Claude Semal, Gilles Servat, Bruno Ruiz, Nathalie Solence, Lou Saintagne, Valérie Mischler, Annick Roux, Jean Vasca, Laurent Viel, Zaniboni, Madame Raymonde, Coline Malice, Vanina Michel, Pascal Mary, Laurent Malot, Pierre Lebelâge, Yannick Le Nagard, Hervé Lapalud, Gérard Pitiot, Dominique Ottavi, Jeanne Garraud, Gaëlle Vigneaux, Alain Léamauff, Alain Nitchaieff, Nathalie Miravette, Louis Arti, Gildas Thomas, Coko, Alain Aurenche, Presque Oui, Rue de la Muette, Christian Paccoud, Henri Tachan, Aline Dhavré, Hervé Suhubiette, David Sire, Emmanuel Depoix, Philippe Guillard, Claude Astier, Frédéric Bobin, Paule-Andrée Cassidy, Ariane Dubillard, Mona Heftre, Jean Dubois, Grabowski, Thomasi, Olivier Trévidy, Wally… (j’en oublie beaucoup, liste à compléter par le lecteur)…
Comme Allain Leprest, qu’un crétin branché à carte de presse oublie de citer dans l’article de Libération qu’il consacre aux chanteurs disparus au cours de l’année 2011, vous n’existez pas, amis de la chanson de paroles, ou si peu…
Mais le trou dans lequel on vous enterre chaque jour un peu plus ne semble pas encore assez profond aux yeux de tous. Interrogé sur son métier pour le journal La Croix, Bénabar, chantre avant-gardiste du banal, porte-voix de la réhabilitation de l’insignifiant, de l’exaltation du dérisoire et du futile, s’est trouvé un combat urgent et d’importance à mener : « Je défends bec et ongles la chanson de divertissement. Si vous écoutez les mêmes chansons que votre boulangère, vous n’avez pas forcément échoué dans la vie. »
Et ta boulangère, Bénabar, elle a une Rolex ?

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Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 15:08

Il y a quelque temps, à l’invitation d’Eric Cantona, nous fûmes conviés à retirer nos fortunes personnelles des banques afin d’en finir avec cet odieux système capitaliste qui pousse de plus en plus de travailleurs au chômage dans le même temps où il transforme de plus en plus de sportifs de haut niveau en milliardaires arrogants.
Ayant semble-t-il révisé ses ambitions à la baisse après l’échec de sa tentative de sabotage du Grand Capital, l’idole footballistique paraît avoir abandonné l’idée d’en finir avec un système inique, pour se cantonner aujourd’hui dans la simple dénonciation de ses méfaits les plus criants. Ainsi vient-il de mettre en avant, à sa manière, la question du « mal-logement », comme disent les adeptes de la novlangue politico-branchée.
Il est vrai que la situation dans ce domaine peut paraître à première vue préoccupante. Si, d’ailleurs, il devait exister des agences de notation de l’habitat, nul doute que notre pays aurait connu, comme nombre de logements modestes, une sérieuse dégradation. Il serait cependant très peu constructif autant qu’injuste d’opter là encore pour une attitude critique outrancièrement négative, en ne soulignant pas les aspects positifs de la politique économique et sociale menée durant cet inoubliable quinquennat.
En périphérie est et ouest de la capitale, par exemple, dans les bois de Boulogne et de Vincennes, on a pu voir ces dernières années se multiplier ces curieux habitats plaisamment qualifiés « de fortune », campements de toile improvisés permettant à des milliers de personnes de renouer avec cette bonne vie au grand air dont sont hélas privés trop de citadins embourgeoisés dans leurs immeubles surchauffés. Fort heureusement, la fin de la crise n’apparaissant toujours pas à l’horizon, gageons que cet écologiste « retour à la nature » touchera de plus en plus de monde.
Mais le coup de pouce au « camping sauvage » ne constitue pas le seul volet de la politique gouvernementale en matière d’habitat du futur. Car il n’est pas vrai que rien ne soit fait ou prévu en matière de construction de nouveaux logements. Conscient que sa politique à venir, en cas de réélection de M. Sarkozy, ne saurait satisfaire tout le monde, le gouvernement à d’ores et déjà prévu la création de 24 000 nouvelles places de prison lors du prochain quinquennat. C’est dire la confiance dont il témoigne envers ses propres mesures censées apporter un meilleur bien-être à tous.
Espérons simplement pour leurs locataires que ces logements un peu particuliers seront équipés de téléviseurs, sur lesquels ils pourront apprécier les talents d’Eric Cantona, actuelle égérie publicitaire de la firme de Mme Bettencourt… en attendant d’en finir avec le capitalisme.

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Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 08:24

 

« On a tous quelque chose en nous de Michael Jackson. »Cette déclaration de Frédéric Mitterrand, au lendemain même de sa nomination au poste de ministre de la Culture, avait de quoi inquiéter, par sa bêtise épaisse, les amoureux de la chanson dite « à texte », déjà grandement malmenée par tous ses prédécesseurs à ce poste.

En mars 2011, comme pour mieux confirmer nos craintes, ledit ministre, dans son très officiel recueil annuel des célébrations nationales, eut l’idée très culturelle d’honorer l’éternelle « idole des jeunes », Johnny Hallyday, une façon comme une autre de signifier, sans doute, que nous avons tous en nous une part d’inculture crasse, de goût immodéré pour le ralliement à toutes les modes et pour la putasserie médiatique.

Avant de quitter sa fonction dans quelques mois, peut-être, il convenait pour le ministre de parfaire cet hommage inachevé au plus populaire des arts. C’est chose faite, depuis peu, avec l’attribution de la Légion d’honneur, pour la promotion du nouvel an, au duo de poètes délicats des années 70, Stone et Charden (« Et dans mon cœur j'ai toujours gardé/Les vaches rousses, blanches et noires/Sur lesquelles tombe la pluie/Et les cerisiers blancs made in Normandie/Une mare avec des canards/Des pommiers dans la prairie/Et le bon cidre doux made in Normandie/Les œufs made in Normandie/Les bœufs made in Normandie/Un p'tit village plein d'amis/Et puis les filles aux joues rouges/Qui donnent aux hommes de là-bas/L'amour made in Normandie »).

Cette distinction semble avoir chagriné quelques passionnés de chanson de paroles qui, depuis le temps qu’elle reçoit des coups de pied au cul et le mépris intégral des plus hautes instances de l’Etat, semblent néanmoins espérer encore un mot, une médaille, un geste de reconnaissance venu d’en haut. Sans vouloir les commander, bien sûr, il conviendrait que ces fidèles, sous peine de sombrer rapidement dans le ridicule, abandonnent au plus tôt cette vaine espérance de voir un jour la poésie mise en musique honorée par une institution qui confond absolument la chanson avec l’industrie du spectacle, le show-biz et l’abrutissement collectif.

S’il est, en revanche, un fait marquant dans cette récente distribution de hochets, c’est bien l’injustice flagrante consistant à ne récompenser que ces deux seuls représentants du crétinisme musical. L’hommage appuyé à la connerie chantée auquel M. Mitterrand semble tenir imposait en effet qu’on distinguât bien d’autres spécimens ayant œuvré dans ce créneau. Les Richard Anthony, Frank Alamo, Michèle Torr, Sheila, Herbert Léonard, Patrick Juvet, Rika Zaraï, d’autres encore, beaucoup d’autres…

Mais j’y songe soudainement ! Sans doute la Légion d’honneur leur a-t-elle déjà été attribuée. Jack Lang n’a pas pu ne pas y penser !…

 

 

 

 

 

 

 

Comme l’instituteur d’autrefois distribuant bons points et images aux élèves méritants et disciplinés, la République a ses enfants sages et tra-vailleurs, qu’elle récompense au seuil de chaque nouvelle année en leur offrant la Légion d’honneur, petite tache de sang de cochon sur la bouton-nière des gens bien.

Politiciens de haut rang, élus locaux, artistes, chefs d’entreprise, com-merçants, scientifiques, sportifs, syndicalistes, gens de lettre et ensei-gnants, tous les « acteurs de premier plan » de la vie sociale reçoivent tôt ou tard, pour prix de leur complicité et de leur attachement aux insti-tutions, cette distinction ridiculement flatteuse qui, en janvier, fait grossir un peu plus la secte des Adorateurs de l’État.

Aux étages inférieurs, parmi ces armées de figurants jamais conviés aux coûteux banquets d’une prétendue élite, il y a bien sûr des envieux et des jaloux, qui voudraient bien… Alors, on a prévu pour eux d’autres hochets, diplômes de bons et loyaux services, brevets, certificats, mé-dailles du travail, du mérite, du courage, inutile paperasserie ou hideuse quincaillerie pour esclaves satisfaits.

Après la fête, de tristes et misérables décorations pendouillent sur des sapins en décomposition. On dirait tout ce beau monde…

 

12 janvier 1995

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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 10:57

 

Tout le monde connaît la célèbre formule : « Quand un journal disparaît, c’est un peu de démocratie qui meurt. » Que celui qui parvient à énoncer cette phrase sans rire en pensant à la mort du quotidien France-Soir lève le doigt !

Dans les années 20, l’écrivain Marcel Aymé, qui navigua quelque temps dans le journalisme, écrivait qu'il en fut un représentant médiocre et en donnait la raison : « Je ne rapportais que ce que j'avais vu ou appris, alors que la règle était déjà de broder ou d'inventer… »

Bien avant lui, en 1888, Nietzsche, dans une fulgurante déclaration toute prémonitoire, avait prévenu : « Encore un siècle de journalisme, et tous les mots pueront. »

France-Soir ne paraîtra plus. La démocratie devrait s’en remettre. Notre odorat aussi.

 

 

 

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